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Ou vont les portails ?

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Très souvent perçus comme omnipotents, les portails sont définitivement des acteurs majeurs de l’Internet. Dans l’absolu, ils ne devraient constituer que des lieux de passage, mais ils se transforment parfois en lieux de séjours grâce aux contenus et aux services qu’ils offrent.

Les portails de recherche se sont engagés dans des stratégies différentes : aux Etats-Unis, Yahoo a misé dès 1998 sur les services communautaires avec le développement fin 1998 des Yahoo ! Clubs –http://clubs.yahoo.com–, le rachat de Geocities –http://www.geo-cities.com– en janvier 1999 et celui d’Egroups –http://www.egroups.com– en juillet 2000 ; Yahoo est ainsi devenu le principal concurrent d’AOL dont les espaces communautaires constituaient des points forts. Comme le faisait remarquer à demi-mot Philippe Guillanton, directeur général de Yahoo ! en France lors d’une interview télévisée de 1998 : « en France, Yahoo et AOL ne sont pas « encore » concurrents. Yahoo France est l’outil de recherche le plus utilisé ; quant à Aol, il appartient au groupe des trois premiers fournisseurs d’accès (aux côtés de Wanadoo/France Telecom –http://www.wanadoo.fr– et de Club Internet
–http://www.club-internet.fr–). Mais Yahoo a lourdement investi dans le développement de contenu et de services qui n’ont plus rien à voir avec l’outil de recherche des débuts ».

Excite –http://www.excite.com–, de son côté, ne se satisfait pas non plus de son rôle d’intermédiaire mais semble plus attiré par le modèle des médias en ligne. Après le rachat précoce de Webcrawler –http://www.webcrawler– et de Magellan –http:// www.mckinley.com–, qui lui ont permis d’acquérir une large part de marché, les efforts des deux dernières années se sont essentiellement portés sur le développement de contenus diffusés directement sur Excite.

Altavista –http://www.altavista.com–, dernier des outils de recherche majeurs à s’être engagé dans une stratégie de portail en passant des accords de partenariat avec des fournisseurs de contenu et l’annuaire Looksmart –http://www.looksmart.com–, pourrait faire marche arrière. En effet, sa principale force est sa technologie de recherche largement supérieure à la plupart de ses concurrents (exception faite de Inktomi/Hotbot
–http://www.inktomi.com– qui sort régulièrement vainqueur des compétitions organisées entre moteurs de recherche). L’évolution récente du contenu de la page d’accueil a dérouté nombre d’utilisateurs qui ont de plus en plus de difficultés à faire la différence avec les autres outils de recherche, ce qui risque de nuire, à terme, à son image.

Le cas du Lycos Network est original. Jusqu’en 1999, il est composé de quatre des vingt sites les plus visités sur le web américain (Lycos –http://www.lycos.com–, Tripod –http: //www.tripod.com–, Angelfire –http://www.angelfire.com–, HotBot –http://www.hot-bot.com–) et d’une kyrielle d’autres sites MailCity –http://www.mailcity.com–, HotWired
–http://www.hotwired.com–, Wired News –http://www.wired.com–), Who-Where –http: //www.whowhere.com–, Suck –http://www.suck.com–, et Webmonkey –http://www.web-monkey.com–). Début 1999, une fusion entre le Lycos Network, les activités d’e-commerce de USA Networks (Home Shopping Network –http://www. hsn.com– et Internet Shopping Network/First Action –http://www.isn.com–) et de Ticketmaster Master (Ticket Master Online –http://www.ticketmaster.com– et http://www.citysearch.com) a donné naissance à l’un des tous premiers groupes de commerce électronique. Lycos Europe, joint-venture créée avec Bertelsmann a racheté fin 2000, Spray, un des réseaux de sites européens les plus importants intégrant en France, Spray.fr, Caramail et Pagesfrance.com.


On peut penser que ces sites se sont rapprochés par opportunisme, ce qui est en partie exact, mais on peut également y voir une véritable stratégie d’intégration verticale et horizontale. Intégration horizontale tout d’abord car les outils de recherche, les communautés et les portails de contenus sont des familles de sites qui entrent tous dans la catégorie des ouvreurs (ce sont différentes approches pour créer du trafic). Intégration verticale ensuite, qui est très comparable à celle qui a été déployée par les grandes chaînes de distribution françaises : après être devenus des distributeurs incontournables, les groupes comme Carrefour –http://www.carrefour.com– ou Auchan –http://www.auchan.fr– ont décidé de distribuer des produits sous leur propre marque, devenant ainsi concurrents de leurs fournisseurs. Après avoir pris le contrôle de points de passage stratégiques sur Internet (les outils de recherche Lycos, Hotbot et Whowhere, les communautés Angelfire et Tripod, le service d’email gratuit Mailcity, les média Hotwired, Wired, Suck et Webmonkey), le réseau ainsi créé a intégré des structures lui permettant de remonter la chaîne du commerce électronique : grâce à Internet Shopping Network, Home Shopping Network, le nouveau groupe aligne une puissance de feu commerciale impressionnante (4500 téléopérateurs, 200 000 m2 d’entrepôts et une capacité d’expédition de deux millions de colis par mois). Le groupe devient donc un hybride à la fois concurrent de Yahoo et d’Amazon.

Un autre groupe a suivi une stratégie assez similaire mais sur la sphère hispanophone du web : Terra, la filiale Internet de l’opérateur Telecom ibérique, Telefonica. Terra était présent en Espagne, en Argentine, au Brésil, en Colombie, au Chili, au Costa Rica, au Guatemala, au Mexique, au Nicaragua, au Vénézuela. Durant le mois de mai 2000, Terra et Lycos ont annoncé leur fusion. La complémentarité avec Lycos, très présent en Amérique du Nord, en Allemagne et en Asie était remarquable. Le point faible de l’ensemble restait donc l’Europe du Nord. Avec le rachat en novembre 2000 du réseau Spray, présent en Allemagne, en France, en Finlande, en Italie, en Norvège, en Suède, en République Tchèque et au Danemark, le groupe Terra Lycos Networks devient le troisième groupe Internet du monde avec 31 millions de visiteurs par jour.

 

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