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Les PED (Pays En Développement) : outsiders ou loosers ? (1)

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Alors que les Etats-Unis se préparent à dominer le commerce électronique et que les français vendent du vin à la Chine, les outsiders situés dans les pays en voie de développement, notamment africains, pourraient créer la surprise. Comment des pays souffrant d’un sous-équipement chronique en télécommunications peuvent-ils entrer dans la compétition ?

En se pliant aux règles du commerce électronique pendant que des pays comme la France s’entêtaient à soutenir des technologies dépassées (le Minitel notamment). Le Minitel, même s’il fût précurseur à une époque donnée, a ralenti pendant plus de quatre ans le développement d’Internet alors que les français avaient pris une avance très sensible dans les transactions électroniques, les systèmes de paiement et la communication grand public par réseau. Il fallut que Lionel Jospin lança son appel d’Hourtin pour que la société française réalise qu’il était nécessaire de s’intégrer dans la dynamique Internet planétaire (en août 1997, Lionel Jospin lança le début de la course française à l’Internet à l’occasion de la 18ème Université d’été de la communication, lors d’un discours historique pour l’industrie Internet). Avec le recul, on peut affirmer que la résistance du Minitel a profité aux sociétés américaines du fait que les sociétés françaises se concentraient sur le Minitel et n’investissaient pas pendant ce temps dans une présence commerciale significative sur Internet.

Les PED partent avec un gros retard dans les infrastructures de télécommunication, mais cela signifie également qu’ils n’ont aucun héritage à assumer (contrairement à la France) et s’ils font les bons choix, ils peuvent capter une partie de la manne du commerce électronique. En partant du constat que le know-how du commerce électronique est encore très mal maîtrisé dans les pays dits développés et qu’il est possible de devenir un acteur de ce secteur en investissant dans un premier temps dans des infrastructures abordables, les PED intelligents peuvent espérer un retour sur investissement faramineux : on l’a vu précédemment, Internet peut être un levier efficace pour stimuler les ventes de spécialités artisanales. L’industrie touristique dans les PED est très dépendante des tour-operators des pays du Nord qui, parce qu’ils occupent une position stratégique, contrôlent leur clientèle et par conséquent, la répartition des marges intéressantes. Internet, parce qu’il permet de toucher le futur touriste en direct, représente clairement une opportunité pour les pays «vendeurs de soleil» de rééquilibrer les rapports de force en leur faveur. 


En 1998, j’ai entrepris un périple entre le Népal, l'Inde et le Pakistan où l'on voit fleurir des adresses web sur de nombreux supports publicitaires (presse, affichage extérieur...). E-mail et Internet sont des concepts très largement répandus dans les capitales (dans Katmandou seule, ce sont entre 50 et 100 sociétés qui proposent des connexions à Internet facturées à la minute, démontrant ainsi qu'en dépit d'un faible taux d'équipement en micro-informatique, on peut toujours trouver une solution pour se connecter). Au mois d’août 2000, j’ai gravi les pentes du Mont Kilimandjaro et victime du phénomène courant de sur-réservation, lorsque je dus retourner en Europe, j’ai été bloqué à Nairobi et j'ai dû passer une journée supplémentaire dans la capitale du Kenya. Pour ne pas perdre mon temps, j’ai travaillé la moitié de la journée dans un cybercafé bon marché avec plus d’équipement que bien des centres d’affaires français. En discutant avec d’autres passagers refoulés, j’ai découvert qu’une famille française avait réservé son safari, non sans angoisse, à partir d’Internet, en envoyant un chèque à partir de la France pour réserver le séjour. Qui a dit que le problème du paiement sécurisé était un frein au développement de l’e-business ? Quelques jours auparavant, j’avais rencontré la directrice marketing d’Africa Online
–http://www.africaonline.co.ke–. Les locaux de cette société me rappelaient furieusement ceux d’Imaginet en 1996, une web agency française de renom qui offrait également des accès professionnels à Internet.

En outre, l'anglais étant une langue largement aussi bien maîtrisée dans certains pays qu'en France (une grande partie de l'enseignement est dispensé dans la langue de Shakespeare), on peut se demander si ces pays ne disposent pas finalement d'un avantage naturel pour se positionner sur la scène internationale de l’e-business.

Pour vous en convaincre, je vous conseille d'aller tester le site Planete Asia
–http://www.planetasia.com– (une plate-forme de commerce électronique indienne). Difficile de mettre en évidence les différences avec un site américain.

Quels peuvent être les débouchés sur Internet pour ces pays ? Tout d'abord, il est nécessaire de faire une distinction entre des pays comme l'Inde qui comptera bientôt un milliard d'habitants et qui est une puissance économique de rang mondial, et les pays comme le Népal qui ne compte que quelques millions d'habitants et dont l'économie est fragile.
 

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