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Américanisation : la loi des plus nombreux

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Sur Internet, nous l’avons déjà vu, le premier arrivant bénéficie d’une prime d’entrée exceptionnelle. Le succès et le développement de Yahoo ne sont pas dus au hasard : il a été le premier annuaire conséquent de sites web et, grâce à une solide stratégie, a su conserver son avance pour devenir l’outil de recherche le plus utilisé et le rendez-vous journalier de plusieurs centaines de milliers d’internautes. Aucun autre annuaire ne rencontre le même succès. Netscape a été le premier navigateur commercial largement distribué sur un plan mondial et il aura fallu des dizaines de millions de dollars et près de deux ans, même à une multinationale de la taille de Microsoft, pour arriver à combler son retard. Plus généralement, parce qu’Internet rend rapidement très populaires les services innovants de qualité, il est très difficile d’être second : il faut énormément d’efforts en temps et en argent pour combler son retard (et, en tout état de cause, plus d’efforts que ceux qui sont nécessaires au premier pour conserver son avance).

Le problème est que les concepts innovants sont la plupart du temps (sinon systématiquement) lancés par des sociétés américaines. La logique commerciale d’un service qui fonctionne étant le développement international, des filiales sont rapidement créées dans les marchés étrangers les plus avancés (Japon, Royaume-Uni, Allemagne et France pour le moment) et étouffent en partie les initiatives locales qui ne peuvent pas s’appuyer sur des marchés encore immatures. Les conséquences culturelles de cette domination économique ne sont évidement pas neutres. Les services, parce que destinés en priorité à une cible anglo-saxonne, sont évidemment accessibles pour leur immense majorité en anglais, dans un premier temps. Mais, corollaire sensible de l’aspect linguistique des choses, c’est aussi la culture américaine qui s’impose : modèles économiques, législation, choix technologiques, approche sociologique...

Ce phénomène est renforcé par le fait que ce sont les populations jeunes qui sont les utilisatrices les plus intensives d’Internet à l’extérieur des Etats-Unis. Pour elles, l’usage de l’anglais, loin d’être un obstacle serait même un catalyseur sociologique pour une génération dont la culture musicale, cinématographique et même, de plus en plus souvent littéraire, est largement tournée vers les Etats-Unis. Consulter des documents en anglais sur Internet, le réseau qui promet de révolutionner l’avenir, leur donne un sentiment d’appartenance à l’avant-garde de cette mouvance d’origine américaine.

Sans entrer dans les détails, au-delà du contenu, le format et la nature des informations diffusées sur le réseau sont même souvent inspirées par les habitudes américaines.

La frilosité des industriels et gouvernements européens est en large partie responsable de cette tendance, car ces derniers ont longtemps tenté de contenir le développement d’Internet sur leur territoire et ont ainsi inhibé le développement de contenus locaux.

Concrètement, de nombreux experts considèrent qu’il est d’ores et déjà trop tard, et que de nombreux secteurs sont déjà condamnés dans la mesure où les sociétés américaines, en s’appuyant sur un marché intérieur énorme et mature, n’auront aucun mal à imposer leur offre sur les marchés «émergents» comme la France. Ceci vaut notamment dans le domaine de la distribution de produits culturels : la librairie en ligne Amazon entend bien profiter de sa position dominante pour devenir le système de distribution mondial dans son domaine. Son plan d’expansion passe dans l’ordre, par la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France où il n’existe bien évidemment, pour le moment, pas de concurrent.

 

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