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Comment techniquement peut s'opérer le rachat ?

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Dans le cas d’une grande entreprise, on peut envisager un rachat simple des actions (prise de participation, prise de contrôle, rachat total) si elle dispose de suffisamment de liquidités. Le problème est que très souvent les grandes entreprises ne considèrent les candidats potentiels au rachat que lorsque leur succès est avéré. Dès lors, la valorisation a énormément augmenté et le montant à débourser est important. La stratégie du rachat peut alors s’avérer coûteuse. Il ne faut donc pas trop attendre pour racheter une start-up pleine de potentiel, sinon elle devient chère et des concurrents risquent de vous la souffler.

D’où l’intérêt d’investir de façon précoce dans les entreprises à fort potentiel de développement. Cependant, si vous entrez dès le départ dans le capital d’une entreprise, vous prenez un risque important car elle n’a pas encore fait ses preuves et les risques d’échec sont élevés (les statistiques montrent que seules 20% des sociétés passent le cap des 5 ans). C’est en particulier vrai sur Internet, qui est l’univers de tous les possibles mais où seules quelques entreprises parviennent à s’imposer : pour un Excite ou un AOL qui réussit, 10 000 sites végètent. En réalité, votre achat doit être motivé par deux choses : un excellent concept commercial et les compétences des dirigeants. S’il manque l’un ou l’autre, investissez ailleurs.

Ces deux premières approches sont très pertinentes si vous sentez que votre société désire réinvestir les dividendes qu’elle a gagnés dans l’économie industrielle mais qu’elle ne peut entrer de plein pied dans l’économie digitale pour des raisons qui peuvent être très variées :

q       Votre culture d’entreprise est inadaptée :

-          les syndicats ont déclenché une grève lorsqu’ils ont appris que vous désiriez renouveler votre parc informatique pour gagner en productivité,

-          tout votre personnel a demandé à être vacciné contre la grippe lorsqu’il a appris qu’un virus s’était introduit sur votre réseau informatique,

-          la moyenne d’âge de vos employés est supérieure à 50 ans,


-          les ordinateurs portables des membres du directoire sont constamment stockés dans le bureau de leur secrétaire.

q       Vous réaliseriez de substantielles économies d’échelle en vendant en direct sur Internet, mais comme vous êtes leader incontesté sur votre marché et que vous savez que votre réseau de distribution passera à la concurrence dès lors que vous vendrez en direct sur Internet, vous êtes bloqué (le rachat peut, dans ce cas, être envisagé de deux manières : soit vous attendez que la bascule sur Internet soit devenue inévitable et vous rachetez une société qui a une forte part de marché, soit vous investissez discrètement dans une ou plusieurs sociétés qui développent des systèmes de distribution originaux).

q       Vous avez fait fortune dans une activité qu’Internet ne révolutionnera pas à court terme (Zapata Corp. Qui a construit sa fortune sur le commerce de poisson et de pétrole, a largement investi depuis 1996 dans des dizaines de sites commerciaux) sans aucun lien avec ses activités initiales.

q       Vous cherchez à reproduire le même type de valeurs que vous avez créées dans le monde réel mais cela suppose des savoir-faire différents (vous vous appelez Carrefour et vous savez que l’avenir de la grande distribution passe par la création de sites portails ou de communautés que vous êtes incapables de créer). La politique d’investissement de la Softbank (voir le tome I de ce guide) avec ses prises de participation dans Yahoo obéit à cette logique.

q       Vous vous appelez Microsoft et vous avez suffisamment de liquidités pour racheter systématiquement les leaders (je ne citerai ici que les rachats de WebTV et de Firefly).

Une autre technique de rachat, largement utilisée par les anciennes vedettes du NASDAQ, est le rachat par échange d’actions. Lorsque l’on s’appelle Amazon, on peut avoir une capitalisation de plusieurs dizaines de milliards et ne disposer que de quelques centaines de millions de dollars en trésorerie. Une première solution pourrait consister à vous endetter pour payer cash le concurrent qui vaut 500 millions de dollars. Une autre consiste à échanger une petite partie de vos actions (dont le cours est au plus haut) contre celles de votre concurrent. On pourrait parler de développement par absorption.

Attention, les rachats ne sont pas toujours des réussites et vous devez prendre un certain nombre de précautions pour éviter les déconvenues.

 

Un cas de figure se produit fréquemment lors du rachat de petites entreprises par de grands groupes. Le passage brutal d’un mode de gestion de type start-up (reposant sur la créativité, l’initiative et l’intuition de petites équipes) à une culture de grande entreprise (parsemée de procédures, de circuits de décision longs et de stratégie de groupe) peut s’avérer fatal. Veillez donc à ne pas stériliser les richesses de l’entreprise en lui imposant la culture de votre groupe : si vous l’avez racheté, c’est probablement parce que vous pensiez qu’elle disposait d’atouts que vous n’aviez pas. Suivant la même logique, veillez à ce que le savoir-faire (les hommes) qui a fait le succès de votre nouvelle filiale ne vous échappe pas. Ce sont souvent une ou deux personnes qui apporte l’essentiel de la valeur. Vous pouvez les retenir de différentes manières (en leur faisant signer une clause lors de l’achat, en les associant par un système de stock options dans votre entreprise ou en leur laissant une participation minoritaire mais suffisante pour les motiver à rester). Prenons l’exemple du rachat du moteur Echo par France Télécom, le cœur de la technologie a été développé par Christophe DUPONT. En désaccord avec ses deux autres associés concernant le rapprochement avec France Télécom, ce dernier a cessé ses activités dans la société pour s’investir dans ResPublica, une méta-communauté. Le succès de Voilà prouve que l’opération a, malgré tout, été menée à son terme. Mais dans de tels cas, il arrive que le rachat, qui consiste essentiellement en un transfert technologique, échoue parce que ceux qui maîtrisent la technologie s’éloignent de la société avant que le transfert ait effectivement eu lieu.

 

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